Quêtes de la Saint Grégoire (le 12 mars)

Voici la quasi totalité, je pense, des chants connus pour la quête qui se faisait à la Saint Grégoire :

A0115 — St Grégoire, c’est aujourd’hui — À Biesme (Mettet—Entre-Sambre-et-Meuse)

Mitre des Grégoires

Mitre du Grégoire

A0137 — Nous bénissons tous — À Fosses (Entre-Sambre-et-Meuse)

A0135 — Nous bénissons tous — À Ver (Houyet—Vallée de la Lesse)

A0145 — C’est aujourd’hui la St Grégoire — À Boneffe (Éghezée—Hesbaye)

A0144 — La St Grégoire, c’est aujourd’hui — À Jodoigne, Waremme, Perwez (Hesbaye)

A0141 — Madame, nous venons vous voir — À Vyle-Tharoul (Condroz)

A0146 — Madame, madam’, j’viens annoncer — À Surlemez (Hesbaye)

Il y a bien quelques autres textes mais dont la musique n’est pas connue.

St Grégoire à Boneffe

St Grégoire à Boneffe

Rien dans les paroles ne permet de lier la St Grégoire du 12 mars —pour le pape Grégoire Ier 540-604— aux maîtrises des églises. Rappelons tout de même que les enfants qui en faisaient partie ont été pendant longtemps les seuls écoliers et que c’est Grégoire IV, pape de 827 à 844, qui semble avoir désigné St Grégoire comme patron des écoliers càd en plein essor du chant ecclésiastique.

On peut donc raisonnablement penser que la tradition est assez ancienne mais sans pouvoir le prouver mais, qu’à tout le moins, si c’est le cas, elle s’est intégrée au régime scolaire dès qu’il s’est généralisé. En effet, beaucoup de témoignages font une allusion directe au maître (l’instituteur) soit qu’il participe à l’organisation soit qu’il soit mis en cause par les enfants.

Ce qui semble se vérifier partout c’est qu’il s’agit de la fête du patron des écoliers et que les enfants considèrent cela comme un jour de congé scolaire auquel ils ont droit ; souvent cela suit l’assistance à la messe en début de journée. Probablement aussi, la fête était-elle destinée habituellement aux seuls garçons. Les écoliers quêtaient de maison en maison, collectant des ingrédients (farine, oeufs, lards) pour des pâtisseries, ou de la menue monnaie. La journée se terminait par la dégustation des crêpes (« vautes »), pistolets, pains perdus (« pans dorés »). Tous les chants comportaient une demande et des remerciements ; certains une malédiction, criée à ceux qui ne donnaient rien : « Aux pourris agnons ! », selon le dialecte de l’endroit …

Une bénédiction :
Al porchesse (*) de Saint Grégore
quèl bon Dieu vos avoye [envoie]
des gros agnons
comme li cul d’on vî tchaudron ! [d'un vieux chaudron]
[* ou pourchas, vieille expression pour quête. Hèye en pays de Liège.]

Et sa malédiction :
Des pourris canadas ! [Des pommes de terre pourries !]
Des pourris agnons !

En pas mal d’endroits, une petite comédie se jouait : l’instituteur était enfermé dans sa classe jusqu’à ce qu’il accorde le congé aux enfants ou leur promette des récompenses (repas le soir, boissons, …) Dans la région de Waremme, les premiers jours de mars, les enfants répétent cette demande :
Saint Grigorî,
patron des scolîs,
dinez-nos on djoû d’ condjî
. [Donnez-nous un jour de congé.]

Si la St Grégoire s’adressait habituellement aux garçons, les filles avaient droit à la Ste Catherine dont ils subsistent pas mal de chants (ce sera pour une prochaine brève ! voir Thisse-Derouette). En certains endroits, à Lincé (Sprimont) par exemple, elles se réservaient la Ste Gertrude qui suivait de peu (le 17 mars) la St Grégoire.

Grégoire de Vyle

«Grégoire*» à Vyle

Les circonstances connues pour Vyle-Tharoul sont intéressantes à plus d’un titre. Je peux les décrire assez largement par des témoins directs : certains enfants du disque du CACEF (voir partition) sont de la famille de ma belle-soeur tout comme l’est le « Grégoire » de la photo couleur ci-contre prise en ± 1973 [* Le rôle titre est tenu par Léonard Rappe].

C’est probablement un des derniers endroits où on a fêté la St Grégoire, vraisemblablement jusqu’en ± 1975. Elle concernait les petits de l’école communale (les 5-6 ans). Le costume est très particulier, je n’en connais pas de semblable. Habituellement, un enfant (tous à Boneffe, photo ci-dessus) portait une mitre en carton couverte de rubans, fleurs en papier, images pieuses (voir l’autre photo N/B). Ici, il s’agit d’un costume du type fakir, avec turban à aigrette, boléro à sequins et pantalon bouffant entièrement jaune sur un gilet blanc. Le visage était bronzé par grimage. Ce costume semblait habituel, rangé pour l’année suivante et non un simple travestissement comme en d’autres fêtes. Il serait intéressant de voir si ce costume a existé en d’autres lieux. Les enfants y utilisaient un panier en osier pour les cadeaux (oeufs, sous, bonbons) En d’autres lieux, il y avait parfois un panier pour les oeufs, un sac pour les autres dons, une bourse pour les sous.

Dans une prochaine brève, quelques renseignements supplémentaires et une comparaison des mélodies.

Sources utilisées :

- Baron de Reinsberg-Düringsfeld, Traditions et légendes de la Belgique, t. 1, 1870
- Revue Wallonia, t. II [1894], 41-47 et 102-103 et t. VIII [1900], 39-40
- Rose Thisse-Derouette, Survivances de rites anciens dans des chansons enfantines, 1962
- Roger Pinon, Notre folklore, 1974
- CACEF, Anthologie du folklore wallon, Fêtes de l’année, vol. I, B8, 1975

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