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Les traditions de mai

Dimanche 18 juillet 2010

Il y a, en région wallonne, des traditions qui méritent de s’y attarder bien qu’elles aient disparu lors de ce dernier siècle. Elles étaient liées au mois de mai, en particulier au 1er mai mais certaines se rattachent plus largement au printemps. La date est d’ailleurs équivoque et, parfois, fait songer plutôt à une annonce de l’été.

Il est certain qu’une bonne part de ces traditions sont fort anciennes et peuvent remonter à des traditions de l’antiquité romaine ainsi qu’aux traditions des celtes. Les romains célébraient Maia, la déesse de la fécondité au mois de mai. Les celtes avaient la date du 1er mai comme fête de Beltaine càd la fête du dieu Bel (= dieu gaulois Belenos) ; c’est une fête du feu. Il faudrait bien sûr, dans une étude historique, documenter ce rattachement à des fêtes très anciennes.

La nuit du 1er mai était, dans les régions germaniques, la nuit de Walpurgis (bénédictine, liée à la magie). Partout en Allemagne et en Tchéquie, on allume cette nuit‑là, des grands feux purificateurs dans les campagnes.

On pense aussi à l’arbre de mai (meyboom à Bruxelles, Maibaum en Bavière), même si, à Bruxelles (la tradition remonte au moins à l’année 1308), la fête a lieu le 9 août, veille de la fête de St Laurent. On plante un arbre dans un lieu symbolique. Parfois, il s’agit d’un arbre orné (Bavière), voire complètement élaboré (le Bouquet du quartier d’Outremeuse à Liège que l’on promène dans les rues à plusieurs fêtes*).

Chez nous, on plantait une branche d’arbre devant la maison d’une personne que l’on voulait honorer. On doit probablement rattacher à ces traditions, l’habitude de dresser deux haies de maies (branchages) dans la grand’rue du village pour les processions du 15 août et de la fête‑Dieu (le jeudi tombant 60 jours après Pâques) pour lesquelles on élevait aussi des reposoirs (autels garnis) et à l’occasion desquelles des filles endimanchées jonchaient le sol de pétales de fleurs. À Ossogne et Solières (Condroz)

Trimousette Dans nos régions (spécialement en Gaume et Ardenne) comme dans le nord de la France (spécialement en Lorraine et Champagne), il y a le 1er mai un défilé de filles dont une en robe de mariée qui quêtent de maison en maison avec la chanson Trimousette (ou Trimazo, …). Un certain glissement, notamment dans les paroles des chansons, vers le culte de la Vierge Marie ne peut gommer que la plupart des éléments renvoient à des traditions d’origine païenne célébration du printemps, de la nature en général, de la vie et de la fécondité (arbre, fille, feu, coucher de l’enfant, champs‑blés, amour très terre‑à‑terre de Joseph pour Marie). On songe notamment aux rites de fécondité liés à la terre.

L’église chrétienne a eu à certains moments une attitude de condamnation vive de telles traditions : par le pape Innocent VIII (en 1484; menace de condamnation au bûcher !?), par le concile de Milan (en 1579). Par ailleurs, elle intégrera de telles fêtes en désignant le mois de mai comme le mois de Marie. (Que l’on pense à la Maia romaine !)

(*) Doit‑on voir une influence des traditions d’Allemagne à travers le rattachement de la Principauté de Liège à l’Empire Germanique pendant de longs siècles ? (Que l’on pense, par exemple, au prince‑évêque Jean de Bavière.)

Nouveaux au 14 juillet [Salut les frenchies !]

Mardi 14 juillet 2009

Nouvelles chansons de ces derniers jours :

A126 Am’ton, vinèz par ci Une des incantations aux animaux comme il y en avait beaucoup et qui doivent aussi remonter assez loin dans l’histoire de l’humanité, sous des formes très diverses. Ici, à l’adresse du hanneton.

A138 Ahier au soir Je reviendrai sur ce chant qui a des cousins dans la francophonie.

A140 Voici le mois de mai Autre chant de mai, entraînant lui aussi, dont la parenté est évidente avec les précédents (voir billet du 5 juillet). Il témoigne de la forte présence de cette tradition dans le nord français en correspondance directe avec le sud wallon.

A139 Le premier jour de mai Parenté évidente aussi pour cette version du Brabant, une région moins souvent répertoriée pourtant.

A137 Nous bénissons tous St Grégoire

A141 Madam’, nous venons vous voir.

Avec ces deux chants, il s’agit de chants de quête moins connus mais bien représentés, à savoir pour le 12 mars qui est la St Grégoire. Un enfant se déguise en évêque avec une mitre de carton, ornée de rubans multicolores et qui emmène les autres enfants pour un tour du village, espérant recevoir oeufs, lait, farine, … Cette fête était celle des écoliers en de très nombreuses régions, avec l’accord et, parfois, la collaboration du maître d’école.

Cette fête, essentiellement une quête, pourrait-elle se rattacher au milieu des maîtrises des cathédrales ? En effet, longtemps, les écoles ont surtout été celles gérées par le chapitre des églises pour les chants de la liturgie. Certaines pratiques peuvent le laisser deviner qui voient l’enfant-évêque doté de certains pouvoirs. Cela pouvait aller, au début du XXme siècle, jusqu’à commander au maître d’école. On est là proche des pratiques qui sévissaient lors de la fête des St Innocents (le 28 décembre), souvent anticipée à la St Nicolas (6 déc.) et habituellement prolongée jusqu’aux Rois Mages de l’Épiphanie (6 janvier), parfois avec des excès réprouvés par l’église (par ex., la Fête des fous, la messe de l’âne, …). On voit aussi, au XXme siècle, dans la région de Namur notamment, le petit St Grégoire « se choisir une femme » qui devait, ainsi que la propre mère du St Grégoire, cuire des omelettes et des gaufres pour tous les enfants …

Le lien n’est pas direct et, donc, il faudrait creuser davantage, même si St Grégoire était le patron des petits chanteurs puisqu’on lui attribuait la création de la première schola.