COLLECTES DE CHANSONS EN WALLONIE

Cette section a pour but de vous présenter diverses informations, descriptions, documents qui concernent le collectage des chansons traditionnelles. Ceci en visant avant tout la Wallonie mais aussi d'autres lieux tels que la Hongrie car, en Wallonie, le collectage a été limité et les renseignements sur la manière dont il s'est déroulé font souvent cruellement défaut. Aussi, je parsèmerai ces pages de photographies des collectages d'etnomusicologues hongrois, —tant de tels documents sont absents de notre documentation wallonne—, illustrant les tâches absorbantes pour des collectes exemplaires … Définir le territoire de la Wallonie et de ses diverses régions est un sujet extrêmement difficile —avec ses composantes dialectologiques, administratives, politiques, non recensements des patois— ; dès lors nous ne nous y lancerons pas ici, nous focalisant sur les principaux collecteurs avec un point de vue analytique sur la qualité de leur travail, renvoyant aux introductions des recueils de la Commission Royale de Folklore et à l'étude du collectage en Wallonie, fort documenté jusqu'en 1968 par Roger Pinon. Dans notre rédaction de cette page à onglets, nous recopierons régulièrement des extraits de cet article ; d'où, certains passages encore assez hétéroclites …

Si je mentionne la Hongrie, c'est que le collectage initié par Bartók (Banat, le 25 mars 1881-New-York, le 26 septembre 1945) et Kodály (Kecskemét, le 16 décembre 1882-Budapest, le 6 mars 1967) puis poursuivi et analysé, à l'Institut d'ethnomusicologie de Budapest, avec toute une équipe de collecteurs est un des plus remarquables et peut, dès lors, servir de modèle et de point de comparaison idéal pour apprécier le travail accompli chez nous, évaluer nos documents, voire les adapter ou les rectifier à chaque phase du collectage  —collectage, transcription, analyse, publication—  chaque fois que c'est possible.

L'expérience hongroise nous a aussi laissé une riche documentation iconographique et des témoignages multiples rapportés notamment par Bartók et sans doute peu connus dans les pays francophones. Dès lors, il me semble que des éléments de cette documentation éclaireront nos propos. Des photos de ces collectages hongrois, illustrant diverses des étapes d'un collectage, sont visibles sous les différents onglets pour ne pas surcharger la mise en page. Momentanément, plusieurs de nos onglets sont remplis de textes aléatoires, pour permettre de visionner l'élaboration en cours des contenus.

Même si les collectages de Kodàly et surtout Bartók répondaient au départ [1905-1907], comme on ne le sait peut-être pas assez, à des motivations relativement terre-à-terre telles que la manière de se démarquer de l'héritage de la musique romantique allemande  —la Hongrie vivait sous la coupe de l'Autriche— , ou la recherche de nouvelles voies musicales au large de la tonalité, ils ont rapidement évolué vers un travail éminemment scientifique. Bartók particulièrement a sans cesse amélioré  —par rapport à ses débuts—  la manière de noter et de nombreux détails de celle-ci. Par exemple en recourant à des écouteurs pour transcrire ses disques de cire ou encore en prenant conscience de réalités musicales ignorées jusque là telles que la pentatonie ou les rythmes dits « bulgares » ou encore l'exhumation du répertoire ancien, notamment avec la structure descendante avec imitation à la quinte grave.

Béla Bartók, en tout premier lieu, a poussé très loin la qualité de ses transcriptions  —on attribue la notion de perfection à son oreille de transcripteur. Il faut faire remarquer d'ailleurs le souci de collectage qu'il a poursuivi non seulement en Transylvanie, sa région natale avant son transfert à la Roumanie, pays qu'il a étudié notamment dans ses correspondances avec Constantin Brăiloiu, son voyage en Algérie, plus tard en Turquie pour y mener des comparaisons, comme aussi par ses transcriptions de fichiers serbo-croate et slovaque. Il a par ailleurs mené des recherches poussées sur des caractéristiques rythmiques, notamment pour affirmer qu'il n'existe que seize possibilités de nombres variés de syllabes pour les chants hétérosyllabiques en Hongrie.

On pourrait d'ailleurs déduire des constatations qui précèdent une sorte de règle pour la pratique : « aucun collectage n'est innocent » et disposer d'une documentation peut donner des pistes de recherche sans que cela, bien sûr, ne fausse la qualité scientifique de la démarche. Une autre formulation de cette idée serait qu'on ne trouve bien que ce que l'on pressent même si, dans toute recherche, une part des découvertes vient de données surprenantes, inattendues, qui par la suite viendront s'inscrire dans de nouveaux schémas de pensée, de nouvelles perspectives scientifiques insoupçonnées.

Il faut imaginer Bartók Béla  —ou Kodály Zoltán, Vikár László ou Bárdos Lajos, Lajtha László ou d'autres ethnomusicologues de l'Académie des Sciences de Budapest—, avec, sur le dos, son phonographe et son petit pavillon pour l'enregistrement, sa valise, son carnet de notes, son papier à musique, prenant le train, un cabriolet [?], terminant son périple en gravissant les chemins de la montagne près de la Transylvanie, pour ce village où il espère trouver de bons témoins …

C'est parfois le cas ; rarement  —voir ci-après. Et il faudra mettre ses notes au net, transcrire les enregistrements, hésitant pour savoir si la chanteuse voudrait chanter un si bémol ou bécarre, les rassembler pour un « corpus » cohérent, digne d'une étude approfondie. En faire des publications par région, des articles concernant la rythmique, la forme des chansons de l'ancien style des chansons hongroises, etc.

Collecte de chansons par Bartók (1908  —  au phonographe, sur des cylindres en cire). Remarquez ces villageois, villageoises qui se sont endimanchés pour « le monsieur de la capitale ! », mais quatre d'entr'elles sont pieds nus : cela prouve que ces ethnomusicologues ont puisé le répertoire ancien dans les couches les plus rustiques de la population paysanne..

Le voyageur entrant : Que le Bon Dieu vous bénisse !

La paysanne : Que le Christ vous garde ! […]

Le voyageur : Votre voisine m'a dit que vous saviez de vieilles chansons profanes que vous avez apprises de vieux dans votre jeunesse.

La paysanne : Moi,  ?! De vieilles chansons ?! Ne vous moquez pas de moi, monsieur ! Ha, ha, ha …

Le voyageur : Mais je ne me moque pas de vous, je parle sérieusement. Je suis venu de Budapest, pour retrouver ces veilles chansons qu'on ne connaît qu'ici.

La paysanne : Et qu'est-ce que vous faites avec ces chansons ? Vous vous en moquez dans vos journaux ?

Le voyageur : Mais non ! Nous les conservons, nous les notons. Parce que si nous ne les notons pas, on ne saura pas, plus tard, ce qu'on chantait ici à l'époque. Les jeunes, voyez-vous, ils n'en veulent pas, des vieilles mélodies, ils ne les apprennent pas, et pourtant elles sont bien plus belles que celles qu'on chante aujourd'hui. Pas vrai ? Eh bien, dans cinquante ans, personne ne saura qu'elles ont existé, si nous ne les notons pas.

La paysanne : Ah oui ? (silence) Ha, ha, ha, hi, hi, hi ! Eh bien, non, je ne vous crois pas !

Le voyageur désespéré : Mais regardez ce petit livre, il est rempli de chansons que j'ai notées moi-même. (il siffle un air) Celle-là, c'est madame András Gegő qui me l'a chantée, cette autre, (il siffle un autre air) c'est madame Bálint Kosza.Vous voyez bien que vous les connaissez aussi. […] Oui, c'est ça, essayez de vous souvenir ; vous en retrouverez bien, de ces vieilles chansons.

La paysanne : [« La mer qu'on voit danser le long des golfes clairs … »]

Le voyageur (l'interrompant) : Oh, non, ce n'est pas ce qu'il me faut. Ce n'est pas assez vieux, et puis, ce sont les messieurs de la ville qui la chantent …

La paysanne : [« J'irai la voir un jour, j'irai près de Marie, …»]

Le voyageur : Merci, je n'en veux pas, c'est un chant d'église (il maudit en lui-même tous les chants d'église du monde).

La paysanne : Et celle-ci, vous l'avez ? [« Sous les ponts de Paris, … »]

Le voyageur (d'une voix éteinte) : Je l'ai. (Grinçant des dents, mais très aimablement) Je voudrais une vraie chanson villageoise qu'on ne connaît pas en Hongrie.

La paysanne : Madame Gyurka Sándor, qui habite dans la rue, au coin. Elle en sait tellement qu'elle pourrait vous en chantez jusqu'au soir.

Le voyageur (sort, anéanti)  …

Et c'est comme ça, da capo, al fine, du matin au soir, du lundi au dimanche.

Je n'en peux plus ! C'est absurde ! Au diable la persévérance, la ténacité, la patience ! Je rentre.

Meilleures salutations de Gyergyó.

Béla Bartók.

Circonstances rencontrées dans le village de Gyergyó-Kilyénfalva [aujourd'hui Gyóngyósi jaras], près de Halmajugra, extraites  — avec des exemples francophones similaires [entre crochets …] — . confidences extraites d'une lettre [16 août 1907] à GEYER Stefi, une amie violoniste proche, sur ses déboires de collecteur.

Laissons parler Roger Pinon (Charleroi, 13 avril 1920-Embourg, 25 juin 2010) dans son Étude du folklore en Wallonie, [de 1968 ; les extraits sont entre guillemets dans ces pages, le texte nouveau ne l'est pas, ou est entre crochets !] ; en homme de fiches dont il s'était fait un spécialiste remarquable, en plus de son aide à la publication de collectes de tiers (Maurice Vaisière, par exemple), nous offre un panorama très fouillé des collectes nombreuses, même si souvent très brèves, auquel il sera bien de se reporter pour enrichir de ses détails les informations et réflexions de la page présente à onglets.

« En 1838, le Dr Bovy publiait dans son recueil romantique de Promenades historiques dans le pays de Liège (tome 1, pp. 74 et 269) un chant pastoral de la Montagne Sainte-Walburge à Liège, et le plaça sous le signe des « ranz de vaches » mis à la mode dès le XVIIIe siècle par maint musicographe francais, dont le plus connu n’est autre que Jean-Jacques Rousseau. Ce chant fut noté plusieurs fois jusqu’à la fin du XIXe siècle et il est même célèbre dans la littérature scientifique, puisqu’il a l’honneur, avec Manneken-Pis, de représenter le folklore belge dans le Standard Dictionary of Folklore, Mythology and Legend, publié à New York en 1950. » Ce chant de berger est le plus ancien document wallon des collectages « modernes » (grosso modo, de ± 1850 à 1950).

« À Liège, la récolte restera maigre pendant 40 ans, car ce n’est pas avant 1882 que l’on s’avisera de recueillir le folklore chanté pour lui-même, lorsque le libraire Charles Gothier publie ses 80 pages du Recueil de Cramignons français et wallons, malheureusement sans la mélodie. À vrai dire, l’impulsion vint de la Société liégeoise de Littérature wallonne, et elle est due surtout à Joseph Dejardin et à François Bailleux. En 1871, la Société posait au nombre de ses concours une question ainsi libellée : « On demande la collection la plus complète possible des airs de cramignons liégeois. » Pendant 15 ans, la question resta sans réponse. En 1886, enfin, un musicologue, Léonard Terry  —qui a laissé au conservatoire de Liège une documentation musicologique abondante et précieuse—  et un amoureux du terroir, Léopold Chaumont, obtinrent respectivement une médaille d’or et un accessit. L’éditeur, Joseph Dejardin, fondit les deux recueils en un seul, qui vit le jour en 1889 sous le titre de Recueil d’Airs de Cramignons et de Chansons populaires à Liège. En outre, il compléta par l’enquête ou par l’emprunt à des publications françaises, le texte des chansons fournies par les lauréats, ceux-ci n’ayant en général noté que le premier couplet sous les notes  —la question portant sur les airs et non sur les chansons complètes. Et il ajouta un abondant commentaire, qui reste toujours utile. Le recueil contient 204 chansons, dont 8 sont incomplètes. » Léonard Terry était un bibliothécaire exceptionnel  —en témoigne l'abondance et la qualité des compositions et des livres anciens qu'il a rassemblés pour la fondation de la bibliothèque musicale du conservatoire—  et cela se retrouve dans la qualité de sa collecte de cramignons … Réédition anastatique par l'éditeur Vaillant-Carmanne en 1974, à l'identique donc, avec la collaboration de Roger Pinon qui suggéra —malheureusement— de ne pas y inclure l'annexe de notes de Joseph Dejardin.

« Entre-temps, la Société de Littérature wallonne avait publié un recueil à certains égards assez faible [personnellement, je conteste cette remarque tant l'auteur nous dévoile des expressions wallonnes prises au plus concret de la vie liégeoise la plus quotidienne !] d’Enfantines liégeoises, dû à Joseph Defrecheux, et un recueil de Cris des rues à Liège, malheureusement sans notation musicale, en 1889, dont l’auteur est Joseph Kinable. En 1909, la Société publiera encore la deuxième édition du fameux recueil des Noëls Wallons, qu’Auguste Doutrepont avait d’abord fait paraître dans la Revue des Patois gallo-romans en 1888, et dont une réédition, mise à jour et augmentée, aura lieu par les soins de Maurice Delbouille en 1938. Des 15 pièces en 1888, les noëls seront 30 en 1909 et 46 en 1938 ; on peut en ajouter quelques-uns encore pour le Namurois et le Hainaut.

L’empreinte dialectologique du début des recherches ne s’effacera pas avec la création du Bulletin de Folklore, en 1891 et de Wallonia en 1893, la première revue fondée par Eugène Monseur et la seconde par Oscar Colson : le folklore musical fera sa première crise de croissance, se dégagera quelque peu de la dialectologie pour se situer à sa vraie place, au sein du folklore enfin émancipé ; il brisera aussi avec l’histoire locale, mais ce sera pour frôler pendant quelques décades les abîmes des études romanes avec Maurice Wilmotte et les Doutrepont. À Liège, ce fut Eugène Monseur et son équipe de la Société du Folklore Wallon, qui comptait notamment Jean Haust, Jules Feller, Maurice Wilmotte, les frères Doutrepont, Eugène Polain et Oscar Colson : ils rédigèrent un chapitre « Chansons populaires » bien conçu au Questionnaire du Folklore qu’ils publièrent et dont les documents donnés à titre d’exemples sont reproduits dans Le Folklore Wallon, lequel est signé du seul Eugène Monseur et parut en 1892. II est remarquable que les principaux d’entre eux, Oscar Colson, Georges Doutrepont et Jules Lemoine publièrent d’abord à Paris, soit dans Mélusine (Georges Doutrepont, 1890-1891), suivi par Jules Feller (1892-1893), soit dans la Revue des Traditions populaires (Jules Lemoine, 1887), soit dans La Tradition (Oscar Colson et Jules Lemoine, 1890-1893). Avec Oscar Colson, qui jeta les bases d’un répertoire complet du folklore musical,  —et qui musicalement dut beaucoup à l’amitié de Pierre Vandamme—  la recherche s’étendit à l’ensemble de la Wallonie. Sa revue Wallonia exerça une bienfaisante influence à Malmedy, mais aussi en Hainaut, en Brabant et plus tard au pays de Namur, voire même en France : André Donnay donne le bilan de cinq années de publication (1893-1897) avec beaucoup de louanges dans la Revue d’Ardenne et d’Argonne de Sedan (V, 1898, 6, pp. 178-196), article dans lequel il analyse 80 chansons, qu’il offre en exemple d’enquête à son public. Sous l’active impulsion du Club Wallon, Malmedy résistait, notamment par le chant dialectal et français, aux assauts de la germanisation. En 1901, Olivier Lebierre, d’une famille qui donna des poètes et des musiciens-compositeurs à la Wallonie, réunit les plus beaux, les plus typiques et les plus traditionnels de ces chants en un ouvrage de premier ordre, Lu Lyre Måmediène. Les chansons —une bonne partie d’entre elles ne sont pas folkloriques— sont nettement fonctionnalisées. On y note, de plus, les sonneries de cloches [de l'église St Gérion] et quelques airs instrumentaux. Enrichie de nouveaux documents  —d’ailleurs peu folkloriques—  et de danses traditionnelles, sauvées in extremis par Mme Fanny Thibout de Liège, la Lyre Malmédienne a été rééditée en 1966 à l’initiative du Club Wallon et avec mon aide. On ne peut négliger de signaler non plus le bon recueil de Léo Zeliqzon, Aus der Wallonie, paru à Metz en 1893 et sa contribution au Festgabe für Gustav Gröber de 1899 intitulée Mundartliches aus Malmedy : ces deux études, qui ne contiennent pas que du folklore musical, mais dont les chansons sont pourvues de leur notation musicale (par Olivier Lebierre), est l’oeuvre d’un dialectologue qui a fort bien entendu et remarquablement bien noté une documentation de premier ordre en dialecte, laquelle n’est d’ailleurs pas absolument folklorique. » Malmedy  —remarquons que ce nom s'écrit sans accent, au contraire de son adjectif— , comme tous les territoires de « marche », a toujours montré, en plus d'être des territoires fertiles pour les ethnologues, musiciens ou autres [la région de Couvin-Chimay pour l'Entre-Sambre-et-Meuse], un attachement fervent à sa romanité (wallon et français) dû au fait qu'il est adossé à la Communauté Germanophone de Belgique. Notons aussi que la revue Wallonia s'arrêta en 1914 parce qu'Oscar Colson, malgré la qualité de son travail (peut-être aidé par Vandamme …), fut arrêté pour cause de collaboration avec les allemands …

Bartók a fixé sur le phonographe un tube vide (genre stéthoscope), en place du pavillon, qui lui permet plus aisément la transcription,  —chez lui, de très haute finesse— , du contenu de son disque de cire.

Nous franchissons un pas important dans le collectage ethnomusicologique avec Édouard Senny pour deux raisons : l'excellence de son recueil —les chansons sont à situer globalement à cheval sur le sud du Condroz liégeois et le nord de l'Ardenne— et le début d'un vrai travail d'ethnomusicologue, déjà entamé par Rose Thisse-Derouette —voir sa bibliographie— mais qui gagne en rigueur ethnomusicologique avec Senny. Son recueil, basé sur les chansons transmises par les seules Emma Bonmariage (Chession-Lorcé, 10 mai 1895-?), sa mère, et Thérèse Senny (Filot, 8 juin 1894-?), sa tante, est exceptionnel par des variantes de chansons connues ailleurs en Francophonie mais vingt-cinq sont entièrement nouvelles ; notons aussi qu'Édouard Senny lui-même se cache souvent sous l'appellation « est connue de tout le monde à Filot ». La « rigueur ethnomusicologique » se manifeste spécialement dans sa conférence Chansons traditionnelles pour l'écoleCollaboration au Renouveau du folklore en Wallonie, vol. XII de la Commission Royale Belge de Folklore, 1982, commencée à la demande de l'Association Kodály et présentée dans cette conférence. À la lecture, on se rendra compte qu'il met en jeu les critères de Constantin Brăiloiu ; ce dernier, à lui seul, a installé des critères définitifs pour l'ethnomusicologie moderne, tant en ce qui concerne le rythme que les gammes mélodiques. Senny avait par ailleurs participé précédemment à deux colloques organisés par la dite Commission Royale à Marche-en-Famenne —compte-rendus par cette Commission dans ce Renouveau du Folklore en Wallonie aux volumes I, 1964 et II, 1965 ; dans le cadre de ces colloques, Senny, en collaboration avec son ami Léon Wéry, avait transcrit une trentaine de chansons traditionnelles de la bouche de personnes de la région, qui seront progressivement publiées dans le fichier de chansons de ce site, ainsi qu'un Menuet trouvé dans les archives de la fanfare, dit Menuet de Marche, et arrangé par lui pour clarinette, cornet à piston et tuba.

Pour un équilibre de la pagination —et de la lecture—, j'ai reporté des compléments d'information concernant Françoise Lempereur et Rose Thisse-Derouette sous l'onglet Au Luxembourg ci-dessus.

La transcription du répertoire du Hainaut n'est pas facile à réaliser tant il est éparpillé entre de multiples recueils qui ont des couches de multiples époques qui ne sont pas sans se croiser de tant de manières avec des notes, avec des ajouts par vagues multiples, avec des interventions sporadiques qui émiettent le tableau d'ensemble. Spécialement pour la série de l'ancien Hainaut. Je vais me concentrer sur Albert Libiez, tant son parcours de vie comme de collecteur sont remarquables, sur Léon Maes et sur Maurice Vaisière.

Albert Libiez. À titre indicatif, je voudrais citer les rôles qu'il a remplis, nombreux, altruistes en diable …  « Ses fonctions : Militant politique  —  Cofondateur du journal La Province [Mons]  —  Directeur de la revue « Estudiantina, le journal hebdomadaire des étudiants de l’Institut commercial des industriels du Hainaut ». — Avocat à Mons — Éditeur du Courrier de Mons et du Borinage — Résistant en 1915 et à la seconde guerre mondiale — Journaliste — Juge de paix ! — Membre de la ligue wallonne et du comité d’honneur du premier Congrès culturel wallon — Président de la Société boraine de littérature wallonne et de la Royale Union Chorale de Pâturages.        

        

Né à Wihéries en 1877, Albert Libiez réalise ses études supérieures en droit à l’ULB en 1896 mais il néglige ses cours au profit du militantisme politique. En 1907, il cofonde le journal libéral montois « La Province ». De 1908 à 1909, il dirige la revue « Estudiantina, le journal hebdomadaire des étudiants de l’Institut commercial des industriels du Hainaut ». En 1910, il achève ses études. Avocat à Mons, il effectue un stage chez le notaire Gustave Aulit à Dour.

En 1914, après la bataille dite de Mons (Zone du front Anglais), il y eut un grand nombre de blessés anglais soignés notamment dans des ambulances de Wasmes, Pâturages, Wihéries. Edith Cavell (infirmière anglaise qui avait fait une grande partie de ses études en Belgique avant d'y revenir en qualité d'infirmière) avec l'aide, entre autres du docteur Valentin Van Hassel [le beau-père de Libiez, nom de plume : Henry Raveline] et Albert Libiez, va organiser un réseau d'évasion pour ces blessés anglais. En avril 1915, celui-ci édite Le Courrier de Mons et du Borinage. Le 8 août, Albert Libiez est arrêté par les Allemands qui le condamnent à 15 ans de travaux forcés suite à ses activités de résistant. Peine qu'il n'effectuera que partiellement, sauvé par l'Armistice de 1918.         

En 1919, il est nommé Juge de paix du canton de Pâturages avant de devenir celui du Canton de Dour en 1927. Par la suite, il délaisse le barreau. Par ailleurs, il fut également membre de la Ligue wallonne et du comité d’honneur du premier Congrès culturel wallon en 1938. Président de la Société boraine de littérature wallonne et de la Royale Union Chorale de Pâturages, il publie des ouvrages sur les chansons locales. Durant la Seconde Guerre mondiale, il réintègre le réseau d'Edith Cavell et s’occupe de l’organisation de services armés, de la publication du journal clandestin « La Liberté » et de la récole de renseignements. Le 25 juin 1942, il est dénoncé et capturé si bien qu’il est déporté. Il meurt à Esterwegen le 9 août 1943 [info du Centre culturel de Colfontaine].        

Libiez peut être crédité, pour l'essentiel, de l'ordonnancement de sa collection, ainsi que des Introductions des vol. I à IV. Pour le reste, on se reportera aux commentaires et ajouts apportés par Roger Pinon, notamment dans les volumes de notes ; et surtout celle du vol. IV sur les conceptions de Libiez pour le collectage et la mentalité boraine !

Ce grand patriote et ce grand collecteur wallon que fut Albert Libiez.

À côté de son apport en chansons traditionnelles, Léon Maes (Tourcoing, 1898—Mouscron, 1956) fut aussi l'initiateur d'un musée, en rassemblant des objets de sa région : le Musée de Folklore de Mouscron. Aujourd'hui logé dans un nouveau bâtiment (21 septembre 2019), plusieurs fois primés, avec une collection d'objets augmentée …

Lajtha László (Budapest, le 30 juin 1892-le 16 février 1963), fidèle collaborateur de Bartók, parmi les bergers ; admirez leurs splendides
capes, autre fleuron de l'authentique tradition rurale hongroise. Aussi spécialiste de l'enregistrement de la tradition instrumentale hongroise.  
Magnifique auteur, tant par sa vie que par ses collectes, ses compositions dont cinq [2+3] sur des poèmes de Charles d'Orléans !

Léon Maes : autre grand collecteur de chansons et organisateur du magnifique Musée de Folklore de Mouscron !

À la suite de ses nombreux articles historiques sur Mouscron et sa région, Maes, dès la libération de 1945, par le biais de la dialectologie, consacra nombre d'articles au folklore. En littérature, à côté de petits contes, il écrivit maintes biographies de personnalités diverses du monde et s'adonna aussi à la critique littéraire. Un grand homme au milieu de sa région mouscronnoise …

Last but not least, le dernier de notre trio : Maurice Vaisière (Gilly, 1919-?) : « Docteur en philosophie et lettres, groupe classique, de l'Université catholique de Louvain [Leuven]. Il a fait des études de piano très poussées, a notamment appris l'harmonie et le contrepoint avec Maurice Guillaume. Il a été professeur ou maître d'études à Charleroi, Mouscron (1942-1945), Wavre, Namur, Binche, Beaumont et enseigne aujourd'hui [1965] à l'athénée royal de Gilly. Il fut aussi journaliste vers 1946. Il a écrit des romans [trois, de facture classique, mais dans un vocabulaire particulièrement riche] …Il a aussi écrit pour le théâtre et composé des jeux radiophoniques et des chansons, dont un recueil a été publié (Mes favoris, Gilly, 1959). Comme folkloriste, il a publié deux articles importants, sur Le souvenir de Napoléon dans notre chanson populaire (Pro Wallonia, 1949, pp.44-62) et La chanson de conscrit en Wallonie (Nouvelle Revue Wallonne, 1951, pp. 165-177), et divers articles de vulgarisation. Sa dernière oeuvre publiée est Les hommes d'avenir, une comédie en trois actes (Gilly, Club-Édition, 1964). Il a aussi mené avec Roger Pinon, une enquête sur la chanson de conscrits qui a rapporté environ 1.500 documents ; il a noté plus de 1.000 chansons au Pays de Charleroi, et recueilli par enregistrement des chansons dans la même région et dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. »

Très important du point de vue ethnomusicologique, comme l'a souligné Constantin Brăiloiu, «Vaisière a eu soin de noter, chaque fois qu'il l'a pu, les trois aspects essentiels d'une chanson ou d'une formulette : la mélodie, les paroles et la fonction. Il est rare qu'un travail aussi consciencieux soit mené par un seul chercheur. » Dommage qu'il n'a pas noté des détails sur le/la témoin (statut, origine, …) !

« La méthode d'enquête fut des plus louables. En général, l'enquêteur demandait aux enfants, avec l'aide d'un questionnaire dans la seconde phase de son travail, de bien vouloir noter sur fiche les chansons qu'ils connaissaient. Il s'informait ensuite de la fonction, puis, sur des feuilles de cahier lignées en rouge, il notait la mélodie qu'il entendait au fil des loisirs communs de lui-même et de ses élèves, filles et garçons, pendant les récréations et les études du temps de midi. Soigneusement, il inscrivait la date de l'enquête, le nom du témoin, la fonction du chant.

Son enthousiasme débordant se communiqua aux parents de certains élèves, à des collègues et à diverses personnes qu'intéressait ce retour aux vieilles traditions. Et un jour, ce fut la rencontre avec Léon Maes. Rencontre qui ne pouvait qu'être bénéfique. Dès janvier 1944, Maurice Vaisière notait les chansons que Léon Maes avait apprises et retenues au cours de ses enquêtes. Et à la Libération, ce fut la belle aventure de la Petite Académie Wallonne dans le journal La Frontière, ce fut la composition d'une revue anti-allemande et anti-flamingante, ce fut  … le rappel au foyer par la fin d'un interim qui nous vaut une contribution nouvelle et de premier ordre au folklore de chez nous. » Il a semblé important de détailler l'activité débordante de Maurice Vaisière, ses multiples talents littéraires et musicaux qui authentifient la qualité de son travail pour la critique qui viendra dans la page de synthèse …

« À Charleroi, ce fut Jules Lemoine, disciple d’Auguste Gittée, (né en 1865) qui publia de jolies chansons à titre exemplatif dans son Folklore du Pays Wallon, dont la seconde édition, la plus importante, est de 1892.

En Hainaut s’esquissa une tradition en partie orientée vers Paris avec Jules Lemoine, Alfred Harou et Aymé Demeuldre, en partie aussi sous l’impulsion d’A. Desrousseaux, de Lille, dont l’influence fut durable, puisqu’aussi bien elle s’exerce encore sur le folkloriste mouscronnois Léon Maes (lequel fut aidé pour l’enquête et la transcription des mélodies par Roger Pinon et Maurice Vaisière) par l’intermédiaire de son bon recueil documentaire sur les Moeurs populaires de la Flandre française.

Cette même année à Ath, Léon Jouret publiait un recueil très surfait, les Chansons du Pays d’Ath, dont Ernest Closson remarquait déjà que seules les mélodies ont quelque chance d’être authentiques, les paroles ayant été recomposées par G. Antheunis et G. Lagye. La collection en est élargie selon une tendance pédagogique plus marquée dans Les Chants de l’École et de l’Atelier, deux recueils non datés spécialement destinés aux Écoles de la Ville de Bruxelles ». Même formule pour Géo Delcampe, de Thumaide, dans sa brochure La Wallonie en fête, recueil folklorique [sic!] de chansons et de vieux airs wallons avec paroles nouvelles … qui parut vers l’époque de la Libération. Par contre José Christus, Octave Grillaert et Mlle Ambrosiny, dans leur Danses Wallonnes (1943, Montignies-sur-Sambre), adaptent traductions et chorégraphies de leur cru à un cramignon liégeois de Nicolas Defrecheux, à un rondeau binchois, à la Marie-Doudouille brabançonne, à l’escouvion borain et à un passe-pied ardennais, et ce pour que les petits Wallons chantent les chants de leur pays ».

 

 

Pour le Condroz namurois et hutois  —Ciney et la rive gauche de la Meuse à Huy pour son versant hesbignon— , on dispose d'un magnifique recueil, le premier de la collection de la Commission de la Vieille Chanson populaire : publié en 1936, il réunit les collectes de Léon Simon et de Marguerite Denée. Léon Simon, (Ciney, le 21 janvier 1874 -le 28 janvier 1932), —son père était originaire de Faulx-les-Tombes— , était le directeur de la S.A. Fonderies [les poêles Ciney] et Distributions d'eau de Ciney. Très cultivé  —notamment en archéologie comme membre correspondant de la Commission Royale des monuments et des sites et membre de la Société Archéologique de Namur—, il commença à noter des chants de son propre répertoire puis collecta  —vraisemblablement entre 1926 et 1930—  dans les environs de Ciney ; notamment à Biron, lieu encore essentiellement rural : quelques fermes, des prés où paissaient encore, sans doute, du bétail (moutons, chèvres, …) gardés par bergers/bergères [?] ; d'où la précieuse collecte de chants de ce milieu, dont La bell' bergèr' s'en va-t-aux champs, une des plus belles chansons de Wallonie selon moi  —par son mode dorien (mode de ) et ses archaïsmes [isse un grand loup/franc chevalier].

Mme Marguerite Denée, née à Huy et régente à l'école moyenne de Mons, ne le cède en rien sur Léon Simon par la qualité de ses chansons  —notamment Mon pèr' avait cinq cents moutons et Là-bas sur ces côtes—  et leur correcte transcription. C'est en 1935, en revenant pour ses congés et vacances dans sa ville natale qu'elle réalisa sa collecte hutoise. Maints autres chants de ce beau recueil sont de qualité, aussi parce qu'ils ont leur pendant sur les mêmes thèmes dans d'autres collections de la francophonie.

Un autre membre de la Commission de la Vieille Chanson populaire est à pointer, Ernest Montellier (Sart d'Avril à Noville les Bois/Fernelmont, 21 avril 1894-6 octobre 1993), surnom « Li Nèsse », tant pour la qualité de ses compositions, témoins de sa riche formation musicale, que par la publication de ses Quatorze Chansons du XVme siècle où l'on trouve la célèbre chanson La belle se siet au pied de la tour. C'est un fleuron de notre répertoire wallon car la plus ancienne de toute la francophonie (France, Wallonie, Suisse, Québec) connue avec une date assez précise (notée par Noël de Fleurus, greffier en ± 1423, à 15 ans près, sa mort !). Guillaume Dufay (1397-1474) a réalisé une harmonisation à trois voix de cette exacte mélodie, avant, comme plusieurs de ses contemporains (Josquin dez Prés, Roland de Lassus, Claude Lejeune, …) d'en faire le thème musical d'une messe polyphonique. On pourra chanter aussi, avec profit, la très belle version (4 v.m.) de Francis Poulenc.

« La campagne d’enregistrement de MM. Ferdinand Brunot et Charles Bruneau en 1913 a été l’occasion pour eux d’enregistrer des chansons en Wallonie : voir la « Revue d’Ardenne et d’Argonne », XIX, 1912, 5, pp. 167-171. Ces enregistrements existent toujours au Musée de la Parole, à Paris. »

« Pour la belle province aussi, c’est Wallonia » qui reste la source principale ; il faut ajouter Edouard Liégeois avec son Glossaire du patois gaumet, que publia la Société de Littérature Wallonne (1897 et 1901), Emile Tandel dans ses Communes luxembourgeoises (1889-1894), (lequel nota d’ailleurs la première maclote » et les premiers trimazos »), C. Maus, qui enquêta aussi sur les trimazos ou chants de mai lorrains, Lucien Roger, qui ne réunit que des textes (dans les Annales de l’Institut archéologique du Luxembourg », 1913), et Louis Banneux, dans de nombreuses publications. J’ai donné, en juin 1949, au Journal des Poètes », une synthèse de la chanson folklorique luxembourgeoise. »

Je peux inclure ici l'excellente musicienne et première ethnomusicologue wallonne, Rose Thisse-Derouette ainsi que Françoise Lempereur.

Cette façon de répartir mon texte sur le collectage du répertoire wallon dans les divers onglets n'est pas tout à fait improvisée —en dehors de la densité du texte des onglets. Ainsi, Rose Thisse-Derouette, —qui, pour le couple Thisse, devait disposer d'une maison de W-E à Lignely-Heid [commune de Durbuy] (cf. signature dans son article Groumote et vèheu, p. 38)— a trouvé là une source de collecte de tant de chansons de l'Ardenne (voir sa bibliographie) et des régions limitrophes. Dans tous ses articles défilent des témoins de Wanne, Manhay, Arlon et autres St Hubert. Sa bibliographie nous indique qu'il faut aussi tenir compte de sa contribution, avec Jenny Falize, au répertoire des danses de Wallonie dont une partie concernent cette province.

Françoise Lempereur a surtout eu un apport, avec l'aide technique de la RTBF, dans le collectage, non dans sa transcription, comme indiqué dans le préambule de son Mémoire universitaire (1973) ; elle donne dans un deuxième volume la notation des mélodies.



      

Kodály Zoltán s'astreint à la copie, symboliquement, à côté de son phonographe.

Lors de cette transcription, on remarque que Kodály possède aussi un enregistreur à bande. En Hongrie, on passa progressivement
du phonographe aux enregistreurs à bande, avant de passer à des copies numériques ; et, ce, parallèlement
à la publication magnifique dans la collection du « Corpus Musicae Popularis Hungaricae ».

Si un article de Françoise Lempereur sur Saint Hubert dans la chanson populaire est à rattacher à la province du Luxembourg, une bonne partie de son collectage a débuté par Liège : disque FW001 du CACEF, Quand Liège et sa province chantent, accompagné de commentaires dans une brochure ronéotypée, avec l'aide de Roger Pinon, notamment pour une traduction complète en néerlandais, anglais, allemand. Ces différents intervenants, auquels va s'adjoindre Claude Flagel, produiront en disques une anthologie du folklore wallon qui concerne toutes les régions de la Wallonie :

  • vol. 1, Fêtes de l'année/Janvier à juin ;
  • vol. 2, Fêtes de l'année/Juillet à décembre ;
  • vol. 3, Chansons de mariage ;
  • vol. 4, Les airs à danser ;
  • vol. 5/6, Enfantines et chansons de jeux ; avec un livret de notes et illustrations (Musée de la Vie Wallonne) et des remarques pédagogiques dactylographiées.
  • - vol. 7, Les Wallons d'Amérique (Wisconsin).

Si ces disques sont consacrés au collectage audio, il semble que le Projet Melchior, —site frère de celui-ci—, à la fondation duquel Françoise Lempereur a collaboré, comme aussi Marc Maréchal, ancien directeur de l'académie d'Éghezée, ainsi que son fils et sa fille, semble vouloir en donner des versions pédagogiques avec leurs notations.

« Quant à Bruxelles, il ne collabora guère au mouvement : les belles chansons que publia Le Petit Bleu », journal quotidien de la capitale, sont surtout hennuyères et namuroises, et c’est à une flamande, Mme Laura Betaille-Hiel, fille du poète flamingant Emmanuel Hiel et elle-même auteur de plusieurs recueils de chansons flamandes, que l’on doit un recueil inédit de chansons bruxelloises en français, avec leurs notations musicales. Depuis, il faut ajouter les chansons d’étudiants de l’U.L.B., publiées en volumes sous le titre Les Fleurs du Mâle, auquel font chorus à Liège Le Bitu Magnifique et sans doute quelque recueil analogue à Louvain. Ce sont les étudiants de cette université qui firent paraître en 1901 le Chansonnier (bilingue) des Étudiants belges, qui est un bon recueil documentaire, sur la chanson populaire à l’époque, dont une partie seulement est folklorique, ainsi qu’il faut le souligner pour tous les recueils estudiantins. On ne peut entièrement négliger les Souvenirs d’un Bruxellois sur les Chansons entendues dans les rues et les estaminets de la ville, 1890-1950, par P. H. E. D’Archambeau, bien que ce livre voisine plutôt au folklore qu’il ne lui appartient. »

Pour mention —sans autres précisions disponibles— un colloque qui eut lieu à l'Institut Solvay :

  • Albert Doppagne, Le langage et les enfants (amusettes, …)
  • Édouard Senny, Le folklore musical et son utilisation pédagogique.
  • Françoise Lempereur, Collecte du folklore musical.
  • Fanny Thibout, La danse dans le folklore enfantin.

Il nous faut présenter ici un personnage très important du collectage en Belgique —pour autant que nous puissions nous faire une idée quelque peu exacte de ses enregistrements, n'ayant jamais pu avoir accès aux bandes qu'il a déposées au Musée de la Vie Wallonne pour une mise à disposition des chercheurs, pas plus qu'à des écrits qui les accompagneraient, ne pouvant pas croire qu'il n'ait pas personnellement établi une copie manuscrite de ses enregistrements !! Il s'agit de Paul Collaer (1891-1999). Rencontré le 21 mars 1981 dans son jardin —taillant ses rosiers—, je trouve ses collectages en Wallonie dans le cadre de son emploi à la section flamande de l'I.N.R. bien plus convaincante que ses théories —l'aisance de la quarte justifiée par la physiologie du larynx, par ex. (p. 39 de son livre). Ce livre, La musique populaire traditionnelle en Belgique, Académie Royale de Belgique, Bruxelles,  1974, est l'unique « somme » existant chez nous sur la musique populaire, avec des informations précieuses, mais je reste persuadé que la publication de tous ses enregistrements nombreux en Wallonie [± 1954] serait d'un grand intérêt ; on ne peut qu'être consterné de voir qu'il n'en est rien et qu'on n'en voit trace …

Un autre apport important de Paul Collaer fut l'organisation des Colloques de Wégimont où sera prononcée cette capitale conférence de Constantin BRĂILOIU sur La rythmique enfantine —d'abord appelée« Le rythme enfantin ».

D'abord, ces lignes émouvantes : Bartók, le 4 juin 1944 —il mourra le 26 septembre 1945— réalise ce dessin et cette petite mélodie, lui qui, dès 1938, pendant que les généraux français pensaient encore se défendre avec la ligne Maginot, disait des Allemands « Je me demande avec autant d'inquiétude quand viendra le tour (après la dévastation de la Tchécoslovaquie et de la Hongrie) de la Suisse, par exemple (et ensuite de la Belgique, etc.)  » et pour cela se réfugiera aux États-Unis en 1940, après avoir attendu car il ne voulait pas partir si sa mère était toujours en vie : « Et puis il y a ma mère : la laisser pour toujours, dans les dernières années de sa vie [elle décédera le 19 décembre 1939], non, cela m'est impossible ! Ce que j'ai écrit jusqu'à présent se rapporte à la Hongrie où, malheureusement, les chrétiens « cultivés » rendent presque tous hommage au régime nazi : j'ai vraiment honte d'être issu de cette classe ! »

 

 

Avant la finition de cette page —qui viendra après avoir complété les onglets ci-contre—voici une analyse critique de La curieuse Odyssée …, par Rose Thisse-Derouette (accessible dans sa bibliographie/onglet À Liège), cette analyse portant sur bien d'autres chants traditionnels pour clarifier, espérons, les notions de musique tonale/musique modale souvent malmenée :-)

« Tandis que les versions « modales » ont été arbitrairement harmonisées par d'Indy et Bourgault-Ducoudray avec des accords empruntés à l'harmonie tonale,Weckerlin () s'étonna de la multiplicité de modulations pour un air si court. Ce manque d'unité prouverait que sa pureté primitive a été faussée par l'introduction d'une altération accidentelle muée en constitutive. »

 

Une nouvelle page surgit, qui reste … à remplir !